Rencontre avec Philippe DEFEYT, économiste, ancien député et ancien président du CPAS de Namur

Rencontre avec Philippe DEFEYT, économiste, ancien député et ancien président du CPAS de Namur

La rencontre avec Philippe Defeyt, suivie par nombreux membres, est introduite avec humour par le président de l’AAPLF, Michel Forêt, qui passe en revue les années « neuf » et souligne les enjeux de celle qui s’ouvre, 2019, par trois élections essentielles pour nos Régions, notre Communauté, notre État.
Il souligne aussi les réalisations de la carrière politique de notre invité, Philippe Defeyt, qui fut aussi co-président d’Ecolo.

Philippe introduit son intervention en disant qu’il la développera en deux parties : d’abord par quelques moments de sa carrière, et ensuite en revenant sur quelques dossiers qui lui semblent essentiels.

UNE CARRIÈRE BIEN REMPLIE

Sa carrière a été variée : militant d’abord, chercheur et économiste, élu au Parlement et pour lui, surtout, président d’un CPAS, celui de Namur, capitale wallonne.
Ses moments forts ? Son implication à l’Institut de recherche économique à Louvain, conseiller au groupe des Verts au Parlement européen, député fédéral et wallon, secrétaire fédéral (co-président) d’Ecolo et enfin, président du CPAS de la ville de Namur.
Un moment très fort fut pour lui bien sûr de participer à la création d’Ecolo (un nouveau parti qui nait et qui vit toujours ce n’est pas si fréquent…).

Il découvre dans les années 80 la « férocité » du monde politique et rappelle que dès le début Ecolo n’était pas le « parti des petits oiseaux », mais que sur 90 propositions aux premières élections, 40 étaient totalement socio-économiques. Déjà à l’époque il plaidait pour une harmonisation de la fiscalité européenne faisant à cette occasion des rencontres passionnantes.

C’est pourquoi il a plaidé auprès du groupe des Verts et d’Ecolo pour un vote négatif sur le Traité de Maastricht, parce que celui-ci n’englobait pas l’harmonisation fiscale, sociale et environnementale entre les pays de l’Union.

En 1989, Ecolo étant appelé à négocier et à appuyer la réforme institutionnelle, il participa à cette réforme essentielle qui consacra le fait fédéral pour notre pays. Le dossier des « éco-taxes » à l’époque incompris, même s’il ouvrit le débat sur l’éco-fiscalité, mena Ecolo vers un échec électoral. En effet, comment avoir raison « trop tôt » ? La question reste posée…

Il souligna aussi la négociation gouvernementale de 1999 et la première participation d’Ecolo au gouvernement fédéral. L’échec et la sortie des ministres Ecolo du gouvernement fut hélas sanctionné électoralement ; et la position – pourtant fondée – des Verts sur le dossier de Francorchamps fut tellement attaquée par les autres responsables politiques qu’avec le recul cela reste incompréhensible, car aujourd’hui la publicité pour les cigarettes est bel et bien interdite !

Le « cadeau de sa vie politique » fut son installation le 4 janvier 2007 comme président du CPAS de Namur, son plus beau mandat, un mandat de proximité avec une autonomie de gestion.

Une carrière « inversée » donc : d’abord le national pour aller vers le local. Et ainsi, il développa une réflexion sur le fonctionnement du niveau communal, le plus proche du citoyen.
Pour lui, il ne faut pas mettre fin au huis-clos des réunions du Conseil de l’aide sociale, ce huis-clos permet le travail de fond sans concurrence politique entre partenaires.

Mais sa réflexion essentielle c’est de se demander pourquoi les CPAS ont aujourd’hui une place si importante, si essentielle, dans le paysage institutionnel. Il y a bien sûr la montée des précarités sociales et économiques ; mais aussi il y a la façon dont les autres niveaux de pouvoirs « se déchargent » sur les Centres publics d’aide sociale et ceux-ci doivent donc régler les problèmes  abandonnés ailleurs : étudiants en manque de bourse, soins médicaux pour les plus extrêmement démunis, … et tant de problèmes que l’Etat et la Région renvoient par facilité au niveau de pouvoir « le plus bas » car ils ne veulent ou ne peuvent les résoudre, tant la réalité du filet de l’aide sociale est fragilisé et qu’entre les différentes aides sociales il y a tant de disparités inacceptables. Il espère donc une uniformisation des références de l’aide et aussi une uniformisation des traitements de dossiers entre les CPAS. En effet, certains accordent des aides que d’autres repoussent sans que cela soit compréhensible par le demandeur souvent si fragile et démuni.

QUATRE DOMAINES D’ACTION

Il avance pour cette deuxième partie de son intervention quatre domaines d’action, pour lui importants.

D’abord, il faut absolument mettre fin à la « lasagne » sociale et fiscale indescriptiblement complexe. Ainsi, on rencontre de plus en plus de personnes auxquelles il n’est pas possible de répondre de quel secteur leur aide devraient dépendre réellement. La situation est si complexe que les réponses deviennent littéralement impossibles. Répondre clairement aux citoyens est pourtant,  souligne-t-il, un droit, un respect de base pour tous. Et donc c’est ainsi que ce sont toujours les plus faibles qui « paient les pots cassés ».

Ensuite, pour l’orateur, il est absolument nécessaire d’établir un nouveau pacte social, voire même un réel « pacte sociétal ». Le pacte de l’après-guerre doit être adapté aux réalités de notre époque, il faut y inclure les enjeux sociaux, démocratiques et environnementaux. Les forces politiques doivent se mettre d’accord sur le contenu d’un tel pacte ; d’urgence, ceci avec les forces vives et les travailleurs de tous les secteurs et statuts.

Aussi, le fonctionnement de notre démocratie doit-il être amélioré. Répartir mieux les compétences, décentraliser vers les communes (vers la base), faire plus confiance aux acteurs locaux ; il faut en général faire plus confiance aux forces vives de notre société. N’y a-t-il pas trop élus à tous les niveaux ? Ne faut-il pas mieux soutenir, même matériellement, leurs moyens d’actions ? Il faut  aussi réfléchir aux tailles des cabinets politiques, à la solidité de l’administration et à sa trop forte politisation.

Enfin, Philippe propose de réfléchir à ce qu’il appelle le « rationnement démocratique ». Le monde politique aime prendre de nouvelles initiatives, mais comment celles-ci sont-elles gérées après ?  Comment les budgets peuvent-ils suivre ? Il faut donc mieux argumenter les offres à la volonté et à la nécessité sociale, réfléchir aux priorités et intégrer la réalité budgétaire à moyen et long terme.

ET C’EST L’HEURE DES RÉACTIONS

Plusieurs membres interviennent ensuite, Raymonde Dury lui demande pourquoi il a opté pour Ecolo. Pour trois raisons essentielles : la situation de la misère connue durant les années 60, la  situation qu’il a découverte en Inde et l’exploitation du Sud par le Nord, et sa rencontre essentielle et fondatrice avec Paul Lannoye, père fondateur d’Ecolo, ancien député européen.

D’autres membres, comme Willy Burgeon ou Bernard Baille le remercient d’avoir mis en avant la lutte contre la pauvreté et contre l’inégalité, y compris en matière environnementale.

Pour Jean-Jacques Viseur l’élaboration d’un Pacte sociétal ne semble possible que face à une nouvelle catastrophe, hélas !

Henri Simons souligne qu’il n’a qu’un regret dans sa vie de parlementaire Ecolo, c’est son vote négatif sur le Traité de Maastricht, malgré ses imperfections il a fait avancer l’Europe et l’euro. Par ailleurs, s’il faut réduire le nombre de mandataires, il ne faut pas viser les conseillers communaux qui sont à la base du contact avec les citoyens, mais le nombre d’échevins et de parlementaires.

Pour Michel Lemaire, il reste une équation difficile : comment répondre aux justes demandes sociales qui sont si difficiles à faire comprendre et à faire accepter avec la peur des citoyens face à la pauvreté ?

Martine Dardenne souligne que la course à la croissance et à la consommation aggrave les inégalité, et qu’il faut aborder solidement ce dossier.

Raymonde Dury souligne également que le Traité de Maastricht, même avec les critiques qu’on doit lui porter, avait d’abord des aspects majoritairement positifs.

Philippe Defeyt répond brièvement en remerciant les intervenants, mais estime que la Belgique aurait pu peser mieux dans le dossier du Traité de Maastricht en intervenant plus sur l’homogénéisation des normes fiscales et environnementales. « On aurait pu gagner plus ! Mais on ne réécrit pas l’histoire ! »

Cette phrase sonne donc comme une conclusion.

Henri Simons

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