LA SICILE BAROQUE

LA SICILE BAROQUE

« J’aimerais tant voir Syracuse » chantait Henri Salvador. L’AAPF l’a vue mais a aussi eu la chance de découvrir bien d’autres merveilles siciliennes qui nous ont toutes et tous émerveillés.

Ce beau voyage commença par la ville de Catane, deuxième ville de Sicile, située entre la mer Ionienne et les pentes de l’Etna. L’histoire raconte qu’elle fut fondée en 729 Avant J.C. par les colons grecs. Depuis elle a subi les éruptions de l’Etna et les tremblements de terre, en particulier celui de 1693 (dont on ne cessera de nous parler) et qui la rasa entièrement.

Nous nous promènerons dans la ville et nous nous arrêterons à la « Piazza Duomo », le cœur de la cité, bordée de beaux édifices. En son centre, la célèbre Fontaine de l’Eléphant sculptée en 1736. Cette sculpture est devenue le symbole de la ville. Nous nous imprégnerons très vite de l’atmosphère ambiante, de l’effervescence, de la chaleur et de la beauté environnante, avant de nous rendre pour le déjeuner dans un Agriturismo. Le propriétaire des lieux nous accueillera chaleureusement et avec fierté nous fera faire un tour de son « azienda » et de ses milliers d’orangers, de ses vignes et de ses oliviers. Il nous fera déguster un excellent « antipasti » fait maison dont nous nous délecterons. Il sera alors temps de nous rendre dans notre Agriturismo pour profiter de notre après-midi dans un cadre verdoyant. Nous y déposerons nos valises pour 4 nuits.

Notre guide Loris Donati nous encadrera durant notre séjour et sera toujours attentif à notre confort et tout au long de nos trajets nous contera l’histoire de cette belle île. Il nous parlera de la culture, de la vie sociale, de l’économie, des hideuses raffineries et bien-sûr des difficultés liées à la très nombreuse immigration. En effet près de 80.000 immigrants débarquent chaque année souvent dans des conditions atroces, et la gestion de ce flux migratoire est un réel problème pour les autorités  qui ne disposent pas de moyens suffisants de la part de l’Italie.

Le 2ème jour, départ pour Syracuse, ville natale d’Archimède. Moment très attendu et qui restera gravé dans nos mémoires. L’un des spectacles les plus inoubliables est le théâtre grec et ses gradins en pierre. Le théâtre, l’un des plus grands théâtres antiques fut pendant des siècles le cœur de la cité. Conçu par l’architecte Damacopos au 5ème s. avant J.C. le monument fut agrandi au cours des siècles. Des dramaturges grecs écrivirent et montèrent leurs pièces. Certaines tragédies d’Eschyle furent ainsi jouées dans ce cadre magnifique. L’auditorium mesure plus de 138 mètres de large et compte 167 rangées de radins. Chaque été les grandes tragédies grecques sont jouées dans leur cadre naturelle. Nous avons assisté aux travaux importants que nécessite la pose de la scène en bois. A la fin de la saison tout est démonté et le théâtre retrouve son état originel.

Nous parcourrons ensuite la zone archéologique de Néapolis qui réunit les vestiges antiques de la ville dans un seul site. Nous aurons une vue d’ensemble du passé le plus lointain de la cité.

Une immense cuvette sépare le quartier du théâtre et la partie sud du site archéologique. C’est là que se trouvent les «  Latonie ». C’est de  ces impressionnantes carrières que les architectes de Syracuse ont extrait les millions de m³ de pierres pour bâtir leurs édifices. Les immenses grottes serviront de prison pendant plusieurs siècles. « L’Orecchio di Dioniso » (Oreille de Denys) est l’une des plus vastes. Selon la légende, grâce à l’acoustique extraordinaire, le tyran Denis l’ancien, entendait les chuchotements des prisonniers les plus dangereux et on peut imaginer le sort qui leur était réservé.

Nous quitterons ce magnifique site, très odorant, grâce à la « zagara », fleur d’oranger, partout présente pour découvrir à pied la vieille ville et l’île d’Ortygie, petite ville sur laquelle se trouve le centre historique de Syracuse. Elle sépare les deux ports de la ville reliée par un canal. Elle est rattachée à Syracuse par le pont « Umbertino ». De nombreux édifices comme le temple d’Apollon (6ème s avant J.C.), le plus ancien temple dorique d’Europe occidental, racontent le long passé de la ville.

Arrivés sur la place du Dôme, nos yeux ne savent où se tourner. Tout est tellement beau. Le Palais Greco, le palais Beneventano del Bosco, le palais del Senato (actuelle hôtel de ville), le Duomo, temple puis église chrétienne; l’édifice a été transformé en mosquée, et enfin en un glorieux exemple de l’architecture religieuse du baroque sicilien. Il recèle des fonds baptismaux du 13ème s, des mosaïques de l’époque normande et de nombreuses peintures et sculptures.

Après tant de merveilles, nous marcherons le long de la promenade de la mer où nous serons attendus par Mme Christiane De Blauwe, Consule honoraire de Belgique. Notre Président la remerciera pour cette présence très amicale et l’invitera à se joindre à nous pour une petite promenade en bateau où un déjeuner nous sera servi. Elle nous parlera avec passion de la Sicile, sa terre d’adoption où elle vit depuis plus de 50 ans. Il est toujours intéressant de rencontrer des personnalités disposées à nous aider, à nous guider et à nous raconter leur vision d’un pays qui est quasi devenu le leur.

Nous avons tous apprécié la disponibilité et la gentillesse de la Consule et c’est en sa compagnie que nous nous sommes rendus à la Préfecture où le Vice-Préfet Filippo Romano nous recevra. Il évoquera l‘histoire de la Sicile, son passé et son présent et mettra l’accent sur un problème auquel tous nos pays européens sont confrontés : l’immigration. La Sicile étant une île, nombreux sont les passeurs peu scrupuleux qui y envoient les migrants.

Il devient difficile de faire face à ce flux migratoire d’autant que les aides européennes et italiennes s’avèrent insuffisantes. Les autorités siciliennes mettent tout en œuvre pour secourir les  réfugiés mais aucune réelle solution n’existe. L’île elle-même est en difficulté financière, le chômage est important et les ressources insuffisantes. Les jeunes s’expatrient pour trouver un avenir meilleur. L’agriculture surtout la viticulture génère quelques ressources ainsi que le tourisme et les raffineries pétrolières. Il y en avait trois. Il en reste deux dont la plus importante à Priolo Gargallo près de Syracuse d’une capacité de 320.000 barils par jour. Important pourvoyeur d’emplois le secteur de la pétrochimie défigure hélas le paysage et est à l’origine de nombreuses maladies. Les siciliens ne peuvent cependant se passer de cette source de revenus.

Nous quitterons la Préfecture pour nous rendre, grâce à notre collègue Jacqueline Mayence, chez le Baron et la Baronne Beneventano di Monteclimiti résidant dans un magnifique Palais face à l’Hôtel de ville. Ils nous accueilleront très aimablement chez eux. En toute convivialité ils nous feront découvrir leur demeure, partageront leurs souvenirs, notamment avec notre famille royale et nous offriront le verre de l’amitié. Un tout grand merci à Jacqueline Mayence pour cette belle initiative et pour ce beau souvenir.

Le 3ème jour, cap sur Raguse. Cette cité fut fondée dans l’Antiquité sous le nom de Ibla Heraia lorsque les Sicules s’enfoncèrent dans l’arrière-pays pour échapper aux colons grecs. Raguse (classée au patrimoine mondial par l’Unesco) est divisée en deux. C’est Raguse Ibla, partie la plus ancienne, qu’il faut visiter et c’est ce que nous avons fait avec notre guide Sabine, belge et plus précisément d’origine liégeoise et qui depuis 12 ans s’est installée en Sicile. Particulièrement compétente, pleine d’attention à notre égard, elle nous fera parcourir les rues de cette ville reconstruite dans un style baroque après le séisme de 1693 et qui abrite de nombreux palais et églises. Une nouvelle belle découverte en ce 1er mai où quelques militants socialistes manifestaient au pied de l’Eglise San Giuseppe et où notre collègue Valmy Féaux ne manqua pas lui aussi d’affirmer son attachement à la gauche en posant à leur côté.

Le Duomo d’Ibla, au cœur de la vieille ville est une splendeur, édifié sur les fondations de San Nicolo, détruite par le séisme de 1693 et reconstruite entre 1738 et 1775. L’immense façade est étonnante avec ses trois niveaux de colonnes qui accentuent la verticalité de l’édifice. L’intérieur renferme une série de peintures de différentes époques et 13 très beaux vitraux. La nef est surmontée d’une vaste coupole néoclassique.

Après une petite pause-déjeuner nous nous rendrons à Noto. Cette ville médiévale fut entièrement détruite lors du séisme. La cité a donc été totalement reconstruite à 20 km de son site originel. Les architectes s’inspirèrent de l’esthétique baroque de 17ème s. et adoptèrent des motifs récurrents que l’on peut encore voir dans les rues.

Les édifices civils, notamment les palais, sont tout aussi remarquables que les églises.

En 1996, un grand fracas accompagna l’effondrement de la coupole de la cathédrale laissant une immense cicatrice au cœur de Noto. Ce fut une grande perte pour l’Art baroque.

L’église achevée en 1776 est dédiée à San Nicolo. Sa façade s’élève au sommet d’un spectaculaire escalier à trois volées. Elle est encadrée par 2 clochers et fermée d’un portail en bronze. L’intérieur compte d’importantes fresques et ornements. Après une belle restauration le dôme a désormais retrouvé sa splendeur d’antan.

C’est avec tristesse que nous quitterons cette superbe ville de Noto, classée au patrimoine de l’Unesco où nous aurions aimé flâner plus longtemps.

Le 4ème jour c’est dans une autre très belle ville baroque, Modica, que nous retrouverons notre guide Sabine. Peuplée depuis l’époque sicule, Modica se soulève en 212 avant J.C. contre la domination romaine. Sa situation stratégique lui vaut de devenir l’une des plus importantes cités du Moyen-Age et de la Renaissance en Sicile. Perchée sur la colline, Modica Alta, est reliée à Modica Bassa par des escaliers. Certains sont monumentaux telle la volée de 250 marches construite au 19ème siècle et qui mène au très beau dôme San Giorgio.

Modica est aussi connue pour son chocolat. Même si les belges sont sans doute imbattables dans la fabrication du chocolat, reconnaissons que celui de Modica « pur noir » fut apprécié par la délégation.

L’après-midi c’est vers Scicli que nous mettrons le cap. Scicli inscrite également au patrimoine mondial de l’Unesco, joua jadis un rôle majeur dans le contrôle des communications entre la côte et les hauteurs. Bastion arabe, elle devint ensuite une cité royale normande. Scicli, comme beaucoup de villes, fut détruite par le séisme de 1693 et rebâtie. Nous y serons accueillis par Mr le Préfet Ignazio Portelli, ami de notre Président. En sa compagnie, nous nous rendrons à la Préfecture. Aujourd’hui Scicli est aussi connue grâce à la série télévisée « Commissaire Montalbano », personnage de fiction de l’œuvre d’Andrea Camilleri. Ses colères, sa boulimie, ses amours, ses enquêtes sur la mafia et les faits sociaux siciliens (drogues, réfugiés, appels d’offres truqués) ont conquis le public italien. Ces épisodes sont diffusés sur la RAI depuis 1999 et repris par de nombreuses chaînes étrangères, dont la France. Ils sont traduits dans plus de 60 langues.

C’est dans les bureaux de la Préfecture que sont tournées, en partie, certaines scènes. Nous aurons le privilège d’être reçus par Mme Caterina Ricotti, Echevine de la Culture, dans le bureau où se rend le commissaire Montalbano pour faire rapport au Préfet.

Ce jour-là d’ailleurs, se tournait un épisode de la série et des sympathisants et admirateurs attendaient impatiemment la vedette. Mme Ricotti nous parlera bien-sûr de sa belle ville et du succès des séries télévisées qui mettent en valeur Scicli et toute la région et qui sont une source de revenus non négligeables. De nombreux touristes viennent sur les lieux de tournage et sont séduits par la beauté des lieux.

En quittant la Préfecture nous déambulerons dans les rues, visiterons un palais avant de faire une agréable halte dans un charmant café où nous rejoindra Mme Giovanna Maria Iurato, Préfète à Rome.

Le 5ème jour la pluie s’était malheureusement invitée pour notre visite de Caltagirone réputée pour ses céramiques.

Le dénivelé entre la ville basse et la colline de Santa Maria del Monte est importante et la pluie aidante c’est en petit train touristique que nous découvrirons, hélas dans la grisaille, le très beau centre-ville. L’un des spectacles les plus impressionnants est l’escalier monumental avec ses 142 marches décorées de majoliques.

Au sommet des marches que quelques courageux membres de l’AAPF franchiront, se trouve l’ancienne cathédrale élevée au milieu du 16ème siècle et érigée à nouveau après le séisme de 1693.

Pratiquement tous les bâtiments de la ville sont décorés de carreaux de céramique. Toutes les boutiques présentent leurs produits artisanaux et ce fut pour nous l’occasion de voir un artisan façonner un vase sur son tour et de suivre tout le processus de fabrication d’un objet allant du simple plat au mobilier de jardin.

De l’artisanat pur dans toute sa splendeur.

Le 6ème jour restera un grand moment de ce magnifique voyage. En effet, nous partirons à la découverte de l’Etna (3330 mètres), le plus grand volcan actif d’Europe. Mélange de neige et de feu, de végétations luxuriantes et de rochers de lave noire. D’anciennes cheminées existent toujours autour du cratère. L’Etna est un volcan relativement jeune de 2 millions d’années. Ses éruptions furent fréquentes, les plus dévastatrices eurent lieu en 1381 et 1669 : la lave atteignit Catane.

D’autres plus récentes eurent lieu en 2001 et 2002. Les dernières éruptions importantes datent de 2004, 2011 et 2012.

Nous aurons la chance de découvrir l’Etna sous le soleil mais par un froid glacial. La neige tombée la nuit précédente était bien présente et la température de -3° nous glaçait le sang. Nous emprunterons d’abord un téléphérique jusqu’à 2000 mètres d’altitude et puis à bord de 4X4 grimperons au sommet accessible aux visiteurs (2700 mètres). Quelle belle récompense ! La vue imprenable de cette montagne dont s’échappe toujours une fumée blanche, nous laissera sans voix. Un souvenir inoubliable !

Après cette belle aventure, nous regagnerons la vallée et serons  reçus à l’Azienda Agricola Costa. Le propriétaire nous fera visiter, avec fierté, ses vignobles et nous proposera une dégustation dans son Agriturismo. Des produits régionaux de qualité et des vins délicieux nous seront servis dans une ambiance chaleureuse. La tentation sera grande d’y faire des achats et nous y succomberons tous allègrement.

Le 7ème jour, nous nous rendrons au Marché aux poissons de Catane; spectacle haut en couleurs et en odeurs. Nous découvrirons l’Italie profonde et après une petite balade en toute liberté, nous mettrons le cap sur Taormine où une guide nous attendra. Elle nous parlera de cette très jolie station balnéaire, résidence d’été préférée des aristocrates et des banquiers. Taormina fut tour à tour sicule, grecque et romaine mais son aménagement actuel date du Moyen-Age. Nous y visiterons le 2ème théâtre antique par la taille après celui de Syracuse, bâti à l’époque hellénistique. Les Romains l’ont presque entièrement reconstruit. De l’auditorium la vue sur la ville et l’Etna est somptueuse.

Nous nous promènerons ensuite dans la rue principale qui commence à la porte de Messine et se termine à la porte de Catane. Boutiques luxueuses, pâtisseries, cafés réputés jalonnent le corso. La tour de l’Horloge à la « Porta di Mezzo » est un lieu de vie où les passants s’arrêtent pour admirer le panorama et où des artistes ambulants s’exhibent pour le plus grand plaisir des badauds.

Une dernière journée plus calme mais très appréciée après une semaine riche en visites.

La bonne humeur a prévalu tout au long de ce séjour et notre gentil guide Loris, toujours disponible, ne s’est jamais départi de son sourire.

La délégation de l’AAPF a apprécié ce merveilleux séjour en terre sicilienne et je suis persuadée que certains membres reviendront pour d’autres découvertes.

 

Anne André-Léonard

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