En cette fin novembre 2017, l’actualité - càd ce que les medias mettent en avant - est à nouveau remplie de la crise libanaise, comme un effet de loupe sur l’instabilité du Moyen-Orient. Les membres de l’AAPF qui ont assisté à la conférence de Philippe JOTTARD  sur le drame Syrien, en sont ressortis plus informés de la complexité d’un conflit qui a fait 340.000 morts. La guerre en Syrie est le conflit récent le plus douloureux, celui dont les conséquences internationales sont les plus graves. Il  déstabilise les pays voisins. Il affecte l’Europe avec la crise migratoire et le terrorisme islamique. Il a aggravé les tensions entre l’Occident et la Russie. Comment en est-on arrivé là ?   Aurait-on pu éviter cette catastrophe ?

 

Six conflits différents

   Les connaissances de l’orateur, ancien ambassadeur en poste en Syrie, au Vietnam, en Azerbaïdjan, jointes à une sagesse diplomatique nous ont fait comprendre les racines d’un conflit qu’il conviendrait d’apaiser plutôt que d’exacerber. La guerre en Syrie combine six conflits différents. Le soulèvement contre Bachar el-Assad s’est transformé en une insurrection islamiste. La guerre civile a été attisée par une guerre régionale par procuration et un affrontement entre l’Occident et  la Russie. C’est aussi une confrontation entre la Turquie et les Kurdes et une guerre contre le jihadisme. 
Les occidentaux (américains, français, anglais) ont commis bien des erreurs.  Bachar el Hassad – qu’il fallait combattre en même temps que les islamistes nous disait-on dans les années 2010 - se retrouve  vainqueur avec Vladimir Poutine.

 

Aujourd’hui ?

Aujourd’hui, la stratégie de Trump n’est pas claire et même assez contradictoire : éliminer l’E.I. et lutter contre l’Iran à l’aide de l’Arabie qui a inspiré et aidé les jihadistes. Le rapprochement annoncé avec Poutine n’a pas eu lieu en raison des accusations d’ingérence russe dans la campagne présidentielle. Trump a mis fin au programme d’aide de la CIA aux rebelles syriens très coûteux et inefficace non sous l’influence de Poutine mais en raison de son inefficacité. Trump a abandonné l’objectif de changement de régime.  Les États-Unis vont-ils continuer à appuyer les Kurdes et se maintenir en Syrie ?
L’Europe pourrait jouer un rôle d’apaisement et de médiation. Macron s’est prononcé pour le réalisme : il n’y a pas de successeur légitime à Assad. La Grande-Bretagne a aussi révisé sa position.
 
La stratégie de la Russie et  de l’Iran vise à garantir leur position régionale par un appui à Assad pour  combattre ce qu’ils dénoncent comme le  terrorisme. Les Russes et les Iraniens  insistent qu’ils viennent en aide à un gouvernement légal  à sa demande. Cette stratégie  a  aussi ses faiblesses en raison du rejet d’Assad par une partie  des sunnites et de l’emploi de méthodes anti-insurrectionnelles  dénoncées par l’ONU. La Russie et l’Iran comptent  sur leur victoire militaire  pour imposer leur solution politique.
 

Ce n’est pas une guerre de religions

Les autorités religieuses aussi bien sunnites que chrétiennes soutiennent  Assad qui est perçu comme l’assurance-vie des minorités. Une partie des Syriens le préfère aux islamistes, y compris parmi les sunnites non islamistes, quelles que soient ses fautes. Pour la majorité des Syriens, l’essentiel c’est le retour à la paix. Assad veut prouver qu’il est seul capable d’assurer la sécurité. Il utilise une cause mobilisatrice : la défense de la Syrie contre les terroristes appuyés par l’étranger. Il contrôle la majorité de la population totale et du territoire, l’Ouest du pays, la Syrie dite utile, et veut récupérer l’Est riche en pétrole.

 

Quelques conclusions

Une guerre terrible et inutile n’a pas réglé les problèmes de la Syrie : corruption, autoritarisme, inégalités, islamisme, communautarisme. Le néo-conservatisme des Occidentaux – mettre fin aux dictatures par la violence en espérant exporter la démocratie – a profondément déstabilisé le Moyen-Orient et alimenté le terrorisme qui frappe chez nous. Les perspectives de la démocratie ne sont pas bonnes vu la tradition autoritaire, l’absence de culture démocratique, la domination de  l’islamisme dans l’opposition. La démocratie va de pair avec la laïcité et un degré suffisant de cohésion nationale. Or le communautarisme surtout religieux, mais aussi ethnique et tribal  est la plaie du Moyen-Orient et s’oppose à la constitution d’États démocratiques. Est-il possible dans ce contexte de mettre fin au système présidentiel autoritaire, à la puissance des  services secrets, d’introduire un véritable pluralisme, de protéger les minorités tout en assurant la stabilité politique ?
 C’est sur ces questions que l’orateur nous laisse. Elles sont toujours ouvertes.


Résumé fait par Françoise Carton de Wiart.