01Le 7 mars l’AAPF a eu opportunité d’écouter deux brillants conférenciers de l’Observatoire HUGO, du nom d’un chercheur de l’Ulg aujourd’hui décédé.

Caroline Zickgraf et François Gemenne, deux chercheurs  scientifiques de haut niveau nous ont entretenus d’un problème encore trop méconnu qu’est la migration environnementale.
Cette migration due en grande partie aux phénomènes climatiques, aux guerres ou aux situations économiques dramatiques.

Ils nous éclaireront d’abord sur les projets de l’Observatoire Hugo, observatoire qui se compose de 9 chercheurs et de 19 membres associés à un réseau international, lui-même composé de 200 chercheurs.

Il y a cinq projets en chantier, HELIX, MECLEP, EDGE, STRAEC, MIGRADAP. Pour plus d’infos il est possible de consulter leur site lobohugoac.be/hugo.
La rencontre mis immédiatement l’accent sur l’urgence politique du phénomène. En effet 26 millions d’êtres humains dans le monde, c-à-d une personne par seconde, doivent migrer et donc changer de lieu de vie à cause d’un changement climatique.02
Outre le climat, les conflits et les famines, les bouleversements environnementaux et les guerres, sont les causes principales de migration.
Des choix de gouvernance nationale ou internationale sont donc indispensables et urgents et sont sans conteste les défis  majeurs du XXIème siècle.

Ces situations ne sont cependant pas neuves. Elles se sont déjà produites au XVIIIeme siècle, lors notamment de l’incendie de Lisbonne qui détruisit toute la ville ou lors du surpeuplement de la Californie. Ces déplacements de populations devaient être provisoires mais un tiers des personnes déplacées s’est parfaitement intégré ailleurs et n’est jamais revenu.                                                                                           
Les migrations environnementales ne justifient pas les nouvelles peurs, mais des nouvelles décisions à prendre.
Elles appartiennent à trois causes ;
• Les catastrophes dites naturelles (ouragans, raz-de-marée, …) provoquent des déplacements de populations plutôt provisoires.
• La baisse des précipitations et la dégradation des terres. Là c’est l’exode complet sans retour vu la désertification.
• La hausse du niveau des mers, ici il s’agit de planifier des déplacements complets de population
03La première erreur politique est de continuer à urbaniser les deltas et les zones côtières, à titre d’exemple le Vietnam en 2100 aura perdu 10 % de son territoire, il y a aussi les îles Fidji, le Cambodge, …
La construction de murs ou digues met grandement en danger la pêche, le commerce, le tourisme. C’est aussi le signe de l’aveuglement récurrent.
L’autre erreur est celle de cautionner la lenteur de la solidarité internationale, si dans un premier temps les populations se délocalisent vers l’intérieur des terres du pays, ces délocalisations ont un coût que les gouvernements de ces pays en voie de développement ne peuvent assumer, suit alors la migration vers l’Inde, l’Europe, les USA, les drames de la Méditerranée, les politiques d’expulsion, etc… Et puis quelle réponse politique à donner à celles et ceux qui trop pauvres ne peuvent même pas migrer, trop affamés, malades, exemple ; la Somalie, les 60 milles personnes de la Nouvelle Orléans l’an dernier.
Les migrations environnementales conseillent aux gouvernances de choisir des stratégies de déplacement de population. La hausse des niveaux de la mer n’épargnera personnes.04
Maintenir le réchauffement à 1,5° ressort du miracle. Peut-être arrivera-t-on à limiter à 2° et donc à une montée des mers d’un mètre.    Et si on n’y arrive pas ! Le risque est grand de provoquer la fonte de l’Arctique, la hausse des niveaux de 6 mètres prévisible dès le réchauffement à 4°.
Et au-delà de 2°, nul ne sait comment le climat va réagir (tempête, ouragans,…), « 4 mètres c’est Bruxelles en bordure de plage, dans 70 ans ».    
Timidement la Flandre pense à la création d’îles artificielles pour se protéger des tempêtes, les Pays-Bas et Venise ont des projets de murs, de digues. Le dilemme est là, il faut trouver des budgets pour protéger les territoires. Choix politique et question de survie de la planète.
Une bonne gouvernance serait de stopper définitivement le  recours aux énergies fossiles (on en est loin cf : Trump), et de subsidier 10 fois plus les énergies renouvelables et donc de conscientiser les actionnaires d’entreprises, les banques et enfin de quitter la logique du court terme.
05Un indice de plus qui nous conduit à constater que la politique de la croissance perpétuelle nous mène droit dans le mur !
A l’issue de cet exposé qui a posé de nombreuses questions, sans proposer des solutions immédiates, l’Assemblée s’est interrogée à son tour sur le rôle de nos dirigeants et les moyens indispensables à engager à court mais aussi à long terme, afin de donner un monde encore viable à nos enfants.
Cette conférence aura eu le mérite de démontrer que la solidarité et l’accueil doivent être acceptés car nul n’est à l’abri d’une catastrophe, qu’elle soit économique, politique ou environnementale.

Germain Dufour