Le_Ministre_Charles_Picque
Réunie sous la présidence de Valmy Féaux, à l’occasion de la présentation des voeux de Nouvel An, l’Association des anciens députés francophones reçoit le Ministre Charles Picqué.Le Président introduit Charles Piqué., figure emblématique de la Région de Bruxelles, dont il a été le premier président. Personnage complexe, Charles Piqué a été qualifié par les uns  de social-démocrate, par d’autres de populiste avec une composante de forte empathie, par d’autres encore de libéral qui s’ignore. La conférence permettra peut-être de s’approcher de la vérité.

Charles Piqué retrace son parcours. Depuis l’âge de 18 ans, il a envie de faire de la politique. Est-ce pour susciter la reconnaissance ? Par aspiration au pouvoir ? Certainement pour donner un sens à sa vie.

Il est issu, par son père, commerçant, d’une famille de Gand. La tradition est catholique ou laïque, flamande. Sa mère, wallonne, liégeoise a été élevée dans un milieu protestant, de  gauche radicale, marqué par le Renardisme. La double tradition dans laquelle est élevé le jeune Charles est reflet d’une diversité symbolique.

Charles poursuit ses études au collège Saint-Michel, puis à la Faculté de Louvain. Il est alors influencé par les débats au sein de la social-démocratie allemande sur la production de la  richesse et sa redistribution. Bad Godesberg n’est pas loin. Cette problématique est étrangère à la gauche belge de l’époque.

Le parcours politique de Charles s’appuie à la fois sur la fidélité de l’appareil qu’est le parti socialiste et sur la légitimation par le suffrage universel. Il tient ferme aux deux sources de son engagement.

Le hasard conduit Charles Picqué à Saint-Gilles et à sa section socialiste. Il y trouve une tradition qui lui est peu familière, ouvriériste, traditionnelle. Il collabore  avec le bourgmestre de l’époque, Garcia, homme engagé et loyal qui lui passe le flambeau à sa retraite.

Son parcours sera local pour l’essentiel. Il fera un passage comme ministre chargé notamment de la santé dans l’exécutif de la Communauté française, alors présidé par Valmy Féaux.

La passion de Charles Picqué est la politique urbaine. Il est persuadé de l’importance croissante des grandes agglomérations urbaines, à la fois comme leviers du développement économique et comme terrain de toutes les tensions sociales.

C’est Bruxelles qui l’attire. Ville singulière au sein de la Belgique, Bruxelles a naguère fait l’orgueil national du pays, symbolisée par l’exposition universelle de 1958. Puis elle est passée au rang de ville utilitaire, de commodité nationale. La bruxellisation de la ville se traduit par la spéculation immobilière, la destruction du patrimoine, la multiplication des saignées autoroutières. La ville se retrouve écorchée, sans projet.

Au niveau fédéral, la ville est peu considérée. Elle n’est qu’objet de convoitise pour les flamands, cependant que les wallons s’en désintéressent.

La Région-capitale est créée en 1989. Charles Picqué en devient le premier ministre-président. Le défi : la pacification communautaire au sein de la Région. Il faut que tous se sentent bruxellois d’abord et en particulier que les flamands de Bruxelles fassent passer leur identité bruxelloise avant leur identité flamande. Ce défi a été relevé avec un certain succès. Il a été gagné pour partie. Mais le succès n’est toujours pas assuré. La N.V.A. pourrait encore avoir les moyens de bloquer le fonctionnement du gouvernement de la Région en 2014.

Charles Picqué fait un bref passage comme ministre au niveau fédéral. Il y découvre un autre monde, une autre perspective, une autre fonction. Il ne s’agit plus de porter un projet, mais d’assurer la fonction d’arbitrage entre intérêts flamands et intérêts francophones.

Charles Picqué revient à la Région de Bruxelles-Capitale, sa vraie passion. Il y retrouve les trois adjuvants de son action : le levier économique que constitue l’agglomération pour le pays ; la cité au cœur d’une réalité multiculturelle ; Bruxelles, élément fondamental de stabilité pour la Belgique. Si la Belgique n’est pas fracturée aujourd’hui, c’est du fait de l’existence de Bruxelles.

Aussi est-il essentiel de développer la solidarité entre Bruxelles et la Wallonie. L’avenir de la Belgique francophone en dépend.

La Fédération Wallonie-Bruxelles n’a pas anticipé le défi de l’explosion démographique. La Région a cherché à le relever, notamment en décidant en 2010, avec l’accord des flamands de Bruxelles, de créer 4.000 places dans les crèches et les écoles. Le Gouvernement flamand a saisi la Cour constitutionnelle, qui a interdit à la Région de mettre en œuvre le plan qui, selon elle, ne relevait pas de la compétence régionale. Les pouvoirs organisateurs ont dû rembourser toutes les sommes engagées et renoncer à un instrument essentiel et de solidarité.

Il est regrettable de constater que, dans cette affaire, les intérêts communautaires soient passés devant l’intérêt général. Les populations les plus fragiles ne doivent pas être prises en otage pour des considérations communautaires qui paralysent l’action politique au service de l’intérêt général. C’est l’avenir de Bruxelles qui est en jeu, mais surtout celui des bruxellois et d’abord des moins bien lotis d’entre nous.

Débat
Le débat qui a suivi l’intervention de Charles Picqué a permis quelques mises au point.

Le Ministre Picqué a réaffirmé le rôle important de Bruxelles comme capitale de l’Europe et les aspects positifs de cette fonction comme ses retombées  pour la ville.

Les jeunes continuent de s’intéresser à la politique. Mais les formes de leur engagement changent.

L’intégration est un enjeu majeur. Les efforts doivent venir de part et d’autre. Il faut s’intégrer et vouloir s’intégrer. Pour accompagner le processus, il faut revivifier la notion de laïcité. Le parcours d’intégration est un instrument précieux .

Bruxelles a besoin de la Wallonie. La solidarité est bénéfique pour les deux composantes. La zone métropolitaine autour de la ville permet à Bruxelles d’atteindre la dimension critique pour une meilleure offre à destination des activités économiques. Bruxelles et les bruxellois doivent, dans cette perspective, privilégier les voisins wallons.

Raymonde Dury

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