C’est devenu une tradition à l’Association des Anciens Parlementaires Francophones. A chaque Nouvel-An, une personnalité est invitée à égréner ses souvenirs.

Philippe Maystadt s’en souvient-il ? Il a poussé ses premiers vagissements derrière le mur où  le sixième Melchior de la dynastie Wathelet en faisait de même. Nous sommes à Petit-Rechain.

  Son papa est ingénieur en fonderie et la famille déménage rapidement à Farciennes, d’où son image de « Carolo ». Bonnes études à Namur puis à Louvain où il devient membre du Mouvement Populaire Wallon (Jacques Yerna) et de Rénovation Wallonne (Lucien Outers). Il a bien failli entrer au parti socialiste mais on n’y veut pas de « calotins ». C’est Alfred Califice qui le prend sous son aile…. « Il est élu et moi, je le suis ».

   Après avoir étudié le fédéralisme fiscal aux USA, il entre en 1979 au cabinet de Califice devenu Secrétaire d’Etat aux Affaires régionales wallonnes. Une période très dure tant il y a d’entreprises en difficultés. « On s’imagine encore que le secteur public peut toutes les
sauver ! ».

A partir de 1981, il rejoint le gouvernement national et restera dix ans aux finances avant de prendre la tête de la Banque européenne d’investissement jusqu’en 2012. Il n’a pas été le bon étudiant d’Alexandre Lamfalussy pour rien et sait lui rendre hommage.

Si les années 1989-1999 ont été celles de la fin du déficit (des finances publiques), les années 2000-2010 sont celles du retour du déficit. Cette question est au cœur de la politique européenne : traité de Maastricht, naissance de l’Union économique et monétaire (UEM), de l’euro…tous les projets étant bousculés par la chute du mur de Berlin et la réunification allemande. « La construction de l’UEM est boiteuse », lui dit Jacques Delors peu satisfait du traité de Maastricht ; il s’agissait pour lui d’une construction monétaire sans « jambe » économique. Kohl a accepté l’euro mais il ne veut pas du gouvernement économique. L’Europe avance à petit pas jusqu’à l’écartèlement : « on diverge au lieu de converger » dit Maystadt.


Philippe Maystad voit cinq faiblesses à la zone Euro.

1.    Le pacte de Stabilité et croissance (ajouté à la demande de DSK quand il était Ministre des Finances) qui a suivi le Traité de Maastricht portait essentiellement sur les aspects budgétaires sans prendre en compte les aspects macro-économiques. Il cite pour exemple l’Espagne et l’Irlande qui en 2006 étaient les meilleurs des pays de la zone Euro du point de vue de leur dette mais dont on a vu plus tard le sort, dû à leurs déséquilibres économiques. Les nouvelles règles de gouvernance donnent maintenant à la Commission le pouvoir  de déclencher une procédure lorsqu’elle observe de tels déséquilibres.
2.    Le Pacte de stabilité et de croissance était « fruste ». La Commission se basait sur les pourcentages mais non la qualité des efforts requis. (EX. Il est plus facile de consentir  à des diminutions d’investissements que d’augmenter les billets de train !). Il faudrait traiter les dettes pour investissement différemment. Le débat est compliqué(l’enseignement, n’est-ce pas un investissement ?). Mario Monti est revenu sur le problème récemment.
3.     La faiblesse de gouvernance : la Commission européenne en cas de non-respect des critères de Maastricht  proposait des sanctions mais le Conseil des Ministres pouvait les refuser. C’est désormais corrigé avec les nouvelles règles de gouvernance. Le système de sanction est plus progressif. D’abord un dépôt d’argent avec   intérêts,  en deuxième sanction,  ces intérêts sont  supprimés et enfin, suppression du dépôt. Désormais,  le système de décision au Conseil des Ministres est inversé. Il faut une majorité qualifiée pour repousser les sanctions proposées par la Commission         
4.    Rien n’a été prévu en matière de régulation bancaire ; les Allemands n’en voulant pas à cause du statut privilégié de leur banques régionales. Les choses ont bougé : à partir de 2014, la Banque Centrale européenne jouera le rôle de superviseur (pour les 200 banques systémiques et les plus petites  si nécessaires).
5.    Aucun mécanisme de résolution de crise n’était prévu. Les Allemands refusaient que la BCE puisse intervenir en quoi que ce soit. Avec le Mécanisme Européen de Stabilité, doté d’une capacité d’intervention de 500 milliards d’Euros, des interventions seront possible  directement dès 2014.

Un sixième point doit s’ajouter : le déficit démocratique. Il faut associer les parlements nationaux, limiter le nombre de Commissaires…etc.

Un bref échange de vues s’instaure (J.E. Humblet, E . Knoops, Ph. Busquin, P. Scharff) avant que le Président Féaux nous rappelle à la discipline horaire des tables garnies à Namur avec espièglerie et sans aucun déficit de qualités gustatives.  Il remet au préalable à Philippe Maystadt une bouteille de vin de Grèce en guise de modeste contribution au redressement de ce pays (rires dans l’assemblée) .

2013 a bien commencé !


Françoise Carton de Wiart – Raymonde Dury

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